« L’écosystème, une grille de lecture innovante qui profite aux territoires et aux acteurs en leur sein »

Stéphane Loubet
Digital Ecosystems Builder, Véronique G. Boudaud revient sur sa vision de l’approche sous forme d’écosystème et partage avec nous le fruit de son expérience acquise auprès des plus grands acteurs de la Tech. Un échange passionnant à poursuivre, jeudi 6 juillet, dans le cadre du webinar ‘Les écosystèmes, une grille de lecture au service d’actions à impact pour les territoires’.

Digital Ecosystems Builder, Véronique G. Boudaud revient sur sa vision de l’approche sous forme d’écosystème et partage avec nous le fruit de son expérience acquise auprès des plus grands acteurs de la Tech. Un échange passionnant à poursuivre, jeudi 6 juillet, dans le cadre du webinar ‘Les écosystèmes, une grille de lecture au service d’actions à impact pour les territoires’.

Véronique G. Boudaud, digital Ecosystems Builder et auteure de l’ouvrage ‘Think Digital Ecosystems!: 9 Questions To Build The Future Of Your Business’

Pouvez-vous revenir en quelques mots sur votre parcours ?

Dès le début – ou presque – de ma vie professionnelle, j’ai eu l’envie de rejoindre de grands groupes de la tech ; J’ai ensuite travaillé en Asie qui était -et qui est d’ailleurs toujours pour moi- un des épicentres de l’innovation mondiale. Enfin, je souhaitais terminer ma carrière au sein de la Silicon Valley. Certes, j’avais déjà eu souvent, de par mes fonctions, l’occasion de m’y rendre, mais je voulais vraiment faire partie de ce berceau de la créativité. Une opportunité qui m’a été offerte par Cisco sur un périmètre monde puis pour un de ses principaux clients américains mais, au fil du temps, j’ai eu le sentiment que l’innovation n’était plus vraiment dans les grandes multinationales mais au contraire dans des structures plus petites, agiles, dans les startups, dans les labs… C’est à ce moment là que je me suis dit qu’il était temps de désapprendre pour apprendre.

C’est à ce moment là que vous vous êtes lancée dans une sorte de tour du monde de l’innovation ?

Tout à fait. Au fil de toutes ces années, j’avais eu la chance de développer un réseau un peu partout sur la planète, je suis donc allé à la rencontre de tous ces acteurs de l’innovation avec l’intention de comprendre ce qui les unissait les uns aux autres. Mon objectif était d’avoir l’esprit le plus ouvert possible, de comprendre, d’analyser mais, à ce moment-là, je ne savais pas encore que j’allais écrire un livre sur les écosystèmes. Petit à petit néanmoins, je me suis rendu compte qu’il y avait vraiment de nouveaux modes de fonctionnement et que ces derniers étaient réellement universels. De l’Asie à l’Europe, j’ai identifié différents types de tribus mais surtout des écosystèmes numériques qui fonctionnaient de façon très semblable bien au-delà des périmètres territoriaux, nationaux ou continentaux.

Une véritable prise de risques…

Quelque part, c’est ce qui m’a animé tout au long de mon parcours (rires). Tout au long de ma vie, on m’a dit : tu es une femme dans un milieu où il n’y a pas de femmes ; tu ne vas pas faire ça ? ce n’est pas possible ! Au final, j’ai passé toute ma vie à démontrer aux gens qui me disaient que ce n’était pas possible que ça l’était. Pour moi, la prise de risques, on la pratique et c’est d’ailleurs une chose dont on manque encore trop souvent en France. C’est particulièrement vrai pour les femmes alors que plus on prend de risques, moins on en a peur. C’est important en matière d’innovation de prendre des risques et de ne pas hésiter à expérimenter. La prise de risques, ça doit devenir une habitude ; ce n’est pas pour autant que ce n’est pas épuisant parfois mais c’est rarement le chemin le plus facile, le meilleur !

Quand avez-vous vraiment pris conscience de l’émergence de cette nouvelle approche écosystémique ?

C’est en Asie que j’ai vu toutes les potentialités offertes par ce monde virtuel et que j’ai pris conscience que les modes de fonctionnement en vigueur n’tait plus adapté à ce nouveau monde en perpétuelle évolution. Reste que c’est vraiment aux Etats-Unis où j’ai assisté à de nombreux pitch de Twitter et des autres grandes figures de l’innovation tout en baignant dans un environnement en pleine mutation que j’ai mieux intégré cette approche. Aujourd’hui, de nombreux grands groupes de la tech, aussi innovants soient-ils, ne se sont pas encore appropriés cette approche et ont encore une véritable révolution culturelle à faire. Innovant par nature, Google a, par exemple, failli perdre cet ADN en devant une méga compagnie quasi monopolistique mais a su réagir ; Sales Forces est en plein dans les modes écosystèmes. Arrivé à une certaine taille, c’est difficile de rester très agile et flexible. A mon sens, toutes les structures qui travaillent à partir de plateformes et sont nés avec ou après le web fonctionnent avec un mode écosystémique. Pour les plus anciennes, elles ont dû s’adapter – ou sont entrain de le faire.

Un exemple d’écosystème idéal ?  

L’exemple peut aussi bien concerner une grande entreprise qu’un territoire mais un mode de fonctionnement en écosystème consisterait, par exemple, à travailler avec des sociétés qui contribuent à lui donner davantage de valeur tout en profitant elles-mêmes de cet écosystème et en en tirant une pleine satisfaction. Globalement on pourrait dire que c’est un système où les entreprises sont heureuses de participer à la prospérité du territoire et en tirent un retour.  On est vraiment, même si c’est cliché, sur un mode win/win avec un périmètre beaucoup plus élargi que par le passé.

Quelle place pour l’innovation ?

Ce n’est pas en perfectionnant la bougie qu’on a inventé l’électricité. Les acteurs vont apporter de l’innovation ou quelque chose de nouveau et le territoire a tout intérêt à favoriser leur développement pour en faire une partie intégrante du modèle de développement et favoriser les échanges entre acteurs pour véritable l’intégrer.  Dans le cas d’une filière en régression, ça peut également être une grille de lecture pour définir de nouveaux axes de développement. Je pense notamment à l’open source ou, à l’inverse, comme la brique polymère qui se fait hors ciment qui n’aura pas sa place dans un milieu traditionnel de la conception où tout est fait pour le ciment. L’écosystème est une formidable grille de lecture mais il ne faut pas hésiter, parfois, à envisager de changer d’écosystème.

Un dernier mot ?

L’innovation, c’est ce qui change le monde. Je me souviendrai toujours de mes débuts chez Apple ou la personne en charge du recrutement m’a demandé, dès 1986, si j’étais prête à venir changer le monde avec eux. Après, je n’ai plus jamais voulu arrêter.

  • Innovation et écosystème : Comment la technologie est en mesure de rendre un système innovant ? L’exemple de Nantes Saint-Nazaire Développement.
  • L’écosystème, un espace où partager, collaborer et expérimenter : COODIO, un écosystème autour d’une expérience utilisateur en pleine transformation (usage de l’audio et de la voix). L’exemple de Montpellier Méditerranée Métropole.
  • L’écosystème, un outil pour répondre aux grands enjeux du territoire : Une nouvelle approche pour élaborer des stratégies (de prospection et d’attractivité) en corrélation avec les grands enjeux économiques, sociaux et environnementaux du territoire. L’exemple de Grand-Orly Seine Bièvre.

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