« Coodio contribue à faire émerger un véritable écosystème des acteurs de la radio, de l’audio et de la voix »

Stéphane Loubet
En amont du webinar organisé le 6 juillet sur les écosystèmes, Benoît Illinger, Secrétaire général de Coodio, revient sur la genèse et les ambitions du premier cluster français de l’audio, de la voix et de la radio. Un exemple du travail mené en coopération avec Montpellier Méditerranée Métropole et qui s’inscrit dans une nouvelle approche qui fait la part belle aux écosystèmes et aux projets innovants et collaboratifs.

© Pierre Bruynooghe

En amont du webinar organisé le 6 juillet sur les écosystèmes, Benoît Illinger, Secrétaire général de Coodio, revient sur la genèse et les ambitions du premier cluster français de l’audio, de la voix et de la radio. Un exemple du travail mené en coopération avec Montpellier Méditerranée Métropole et qui s’inscrit dans une nouvelle approche qui fait la part belle aux écosystèmes et aux projets innovants et collaboratifs.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Finalement, il est un peu à l’image de cette nouvelle approche par écosystème. J’ai commencé, il y a 20 ans, au sein de collectivités territoriales – dont ces dernières années à l’agglomération de Montpellier, devenue depuis Métropole – avec la nécessité de trouver des m² de terrains ou de bureaux à proposer aux entrepreneurs avant de travailler sur une partie plus infrastructures avec le développement des accès, le développement de la 4G ou de la fibre optique. Aujourd’hui, c’est une nouvelle étape finalement assez logique dans le processus qui est enclenché avec le développement de nouveaux partenariats. Même s’il date désormais un peu, l’ouvrage de Jacques Godron « Le territoire stratégique : Nouveaux enjeux et clés de réussite du développement économique », paru en 2003, a été un véritable détonateur en amenant à imaginer de véritables stratégies territoriales autour de trois thèmes majeurs : la richesse, la performance et le développement. Une véritable source d’inspiration pour dupliquer en province les solutions développés par l’actuel président de l’Institut des Hautes Etudes des Métropoles (IHEDM) et à qui doit on doit la célèbre expression du « mille-feuille territorial ».

C’est de cette prise de conscience que nait le besoin de compléter “la Fenêtre” ?

C’est aller un peu vite en besogne mais oui, d’une certaine façon, compléter la “Fenêtre” de Jacques Godron est une première manifestation du souhait de la Métropole pour créer un lieu interdisciplinaire qui rassemble entreprises, formation, équipements mais qui propose également des expositions et des évènements mettant du liant entre les acteurs . C’est également à ce moment-là que nous avons entrepris de réaliser une cartographie fine des forces en présence sur le territoire afin de déterminer les éventuels trous dans la raquette. Muni de ce mapping, il nous a été possible de définir une stratégie et un plan d’actions visant à consolider les écosystèmes déjà en place sur le territoire. Dans le cas des industries culturelles par exemple, nous avons porté l’accent sur la partie cinéma d’animation où nous disposions de solides références et avons entrepris des déplacement Paris, Montréal ou encore Los Angeles pour mieux faire connaitre notre écosystème existant avec ses formations et entreprises et inviter des acteurs du secteur à nous rejoindre afin notamment de conforter notre statut et enclencher un véritable cercle vertueux.

La création de la Cité créative s’inscrit dans ce mouvement…

La Cité créative est un axe fort de la stratégie mise en place par le territoire. Elle a vocation à devenir le un véritable quartier mixte qui mixe logements et activités économiques autour des industries culturelles et créatives. Première pierre de ce grand projet, la Halle Tropisme, véritable coopérative et culturelle accueille déjà, depuis janvier 2019, sur 4 000 m² plus de 200 créatifs et une programmation riche qui permet à l’écosystème de multiplier les synergies. Un prélude au futur campus créatif qui accueille en son sein des équipements spécifiques (MOCAP…) et plus de 1 400 étudiants au sein de 4 écoles : l’Ecole Supérieure des Métiers Artistiques (ESMA), l’’Ecole d’Arts Appliqués (IPESAA), l’antenne « Jeux vidéo » de l’Ecole de Photographie et de Game Design (ETPA) et une antenne de Cinecréatis, école de cinéma pour les futurs réalisateurs, monteurs, assistants de production, spécialistes en effets spéciaux…

La Cité créative, un axe majeur de la stratégie développée par Montpellier Méditerranée Métropole.

Que vous a apporté cette analyse écosystémique ?

Elle permet tout simplement de mettre de la méthode. En disposant d’une cartographie précise des acteurs sur le territoire, il est plus simple de déterminer ses points forts, ses faiblesses, les éventuelles mises en relation à favoriser et, quand c’est nécessaire, de compléter les manques. On a abordé le secteur des ICC mais cette méthodologie a également été employée pour d’autres filières comme celle de la santé par exemple….

Le cluster Coodio en est une autre illustration ? 

Imaginé comme un écosystème autour de l’audio, de la radio et de la voix, le cluster Coodio s’inscrit dans le prolongement du travail mis en place lors de la genèse de la Cité créative. Aujourd’hui, nous comptons une centaine d’adhérents mais l’objectif reste le même que lors de son lancement, il y a 18 mois environ : fédérer les acteurs du secteur pour, ensemble, avancer, innover et se transformer. Le secteur est en pleine évolution depuis quelques années : développement des livres audios, explosion des podcast, généralisation des commandes vocales, émergence des « voice business »… le secteur connait une mutation sans précédent et nous entendons bien y contribuer avec Coodio, un cluster unique en son genre.

Comment ?

En multipliant les expérimentations, les partenariats, les échanges… dans les premiers mois, nous avons multiplié les contacts et les échanges avec des acteurs susceptibles de nous accompagner dans ce grand projet comme Radio France ou Ubisoft. Il a également fallu fédérer les bonnes volontés locales, nationales et internationales autour d’une ambition commune qui favorise l’innovation, l’expérimentation et le partage des savoirs et des savoir-faire. Cette collaboration nous a permis d’être très rapidement opérationnel et de lancer, quelques mois après notre création, des projets comme monter une pop-up radio (ce que nous devrions réitérer pour le sommet France-Afrique organisé à Montpellier) ou encore organiser des design sprint ou des événements comme “C dans le Son” par exemple. Si je devais résumer, je dirais que l’objectif de Coodio est de casser les silos pour amener tous les acteurs de la filière à travailler et expérimenter ensemble.

L‘objectif de Coodio : fédérer les acteurs pour, ensemble, avancer, innover et se transformer.

Quels sont les ingrédients pour y parvenir ?

Je ne sais pas s’il existe une formule magique. Dans notre cas, le succès de Coodio s’est bâti sur l’implication sans faille de quelques acteurs mais également le soutien de la Métropole qui s’est notamment manifesté par un accompagnement territorial sur le long terme. Un vrai plus qui nous a également donné de la crédibilité auprès des acteurs que nous avons sollicités et qui a également permis de nouer un contact privilégié avec des acteurs indépendants de notre écosystème. Nous avons également choisi la voie de diversification : de la postproduction au podcast en passant par le sound design, nous avons souhaité adopter une démarche vraiment pluraliste qui laisse sa place autant à l’innovation et à la tech qu’à l’humain. Nous avons donc la chance au sein de Coodio de compter de grands acteurs comme Mediameeting ou Netia mais aussi une quantité de petites structures et même quelques associations.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Avant de parler d’avenir, nous avons la volonté de continuer à intensifier les      relations entre les professionnels du secteur. De plus en plus de projet profitent de la coopération des membres du cluster. On assiste à une véritable professionnalisation de l’activité et on a modestement envie de les accompagner dans cette démarche en leur proposant un véritable terrain d’expérimentation mais aussi un do-tank qui contribue à coconstruire et mutualiser les outils et la pratique, la technologie et l’usage. Demain, nous avons l’ambition d’identifier les nouveaux besoins pour concevoir les formations de demain et participer pleinement au développement du secteur. De plus en plus d’acteurs sont séduits par cette philosophie et cette volonté de casser les silos. De Munich à Bruxelles en passant par Nantes, de plus en plus de sociétés nous rejoignent et viennent imaginer avec nous le devenir de la filière…  

  • Innovation et écosystème : Comment la technologie est en mesure de rendre un système innovant ? L’exemple de Nantes Saint-Nazaire Développement.
  • L’écosystème, un espace où partager, collaborer et expérimenter : COODIO, un écosystème autour d’une expérience utilisateur en pleine transformation (usage de l’audio et de la voix). L’exemple de Montpellier Méditerranée Métropole.
  • L’écosystème, un outil pour répondre aux grands enjeux du territoire : Une nouvelle approche pour élaborer des stratégies (de prospection et d’attractivité) en corrélation avec les grands enjeux économiques, sociaux et environnementaux du territoire. L’exemple de Grand-Orly Seine Bièvre.

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