Le grand entretien : Alistair Schneider, fondateur et CEO d’Innouvo

Stéphane Loubet
Strasbourgeois d’origine, Alistair Schneider est basé à Boston depuis 10 ans. Il nous livre sa vision de l’inclusion basée notamment sur l’innovation et la coopétition entre les territoires.

Strasbourgeois d’origine, Alistair Schneider est basé à Boston depuis 10 ans. Il nous livre sa vision de l’inclusion basée notamment sur l’innovation et la coopétition entre les territoires.

Qu’est ce que l’inclusion pour vous et, par extension, pour Innouvo ?

Pour aborder le sujet de l’inclusion, je vais me servir de mon histoire personnelle. Lorsque je suis arrivé à la Silicon Valley, il y a une dizaine d’année, j’ai été frappé par le fait qu’on ne vous dise jamais non. Les gens étaient toujours très disponibles et positifs. Quand je leur ai demandé pourquoi ? Ils m’ont répondu : ‘Ici on est à la Silicon Valley donc on croit en toi. Demain tu peux être Ellon Musk et si je te dis non aujourd’hui, tu peux me dire non demain’. J’ai beaucoup apprécié cette foi dans les gens. Là-bas, ça n’a aucune importance qu’on ait un accent qu’on parle bien anglais ou pas, qu’on soit riche ou pauvre, tout ce qui compte ce sont les idées et si on a de bonnes idées, tout est possible ! Un des autres éléments que j’ai beaucoup appréciés, ce sont les ressources mise à la disposition de chacun pour pouvoir se développer et avancer dans l’entrepreneuriat et ainsi prendre le contrôle de sa destinée, de créer son entreprise et de créer de la richesse.

L’entrepreneuriat, un thème central des programmes développés par Innouvo ?

Très rapidement, je me suis demandé ce qu’aurait été ma vie, si j’avais eu accès à toutes ses ressources dès ma naissance. De cette interrogation est née Startup Innovations qui est devenue pus tard Innouvo avec l’objectif de développer un programme qui permette à chacun, quel que soit son niveau ou son background, de disposer d’un outil qui donne à chacun la possibilité de créer sa propre richesse. Le succès du programme nous a amené à le développer pour accompagner des entrepreneurs à des stades de plus en plus avancés dans les domaines de la vente, du marketing… Nous n’avons cependant pas abandonné notre vision de base et nous travaillons sur de nouvelles solutions qui visent à accompagner encore plus des entrepreneurs issus de milieux moins favorisés. Plus que jamais d’immense opportunités sont ouvertes.

Pourquoi ?

Tout d’abord pour démontrer que l’innovation, ce n’est pas que de la tech, mais que c’est aussi un outil de justice sociale. L’idée est également de diversifier les profils d’entrepreneurs avec des visions et des parcours différents. Je suis absolument convaincu que ce mélange, cette diversité est la source même de l’innovation. C’est d’ailleurs exactement ce qui se passe au sein de la Silicon Valley. A San José, le monde entier est là. C’est ce melting pot qui est à la base de la performance de la Silicon Valley. Pourquoi tout le monde achète un produit qui sort de la Silicon Valley ? Tout simplement, parce que le monde entier l’a déjà testé.

La Silicon Valley, le lieu des possibles

Quel regard portez-vous sur la France ?

C’est une véritable source d’inspiration en matière de diversité. Tous ces talents scientifiques, le CNRS, les artistes, les philosophes et j’en passe, c’est une incroyable plateforme et j’adorerai mélanger tout pour voir cette créativité sortir et s’exprimer pleinement. C’est d’ailleurs tout le sens du travail que nous avons déjà entrepris avec les villes et les territoires. De façon très simplifié, on pourrait dire que les villes ont le problème que nous on règle. On a commencé à travailler, il y quelques années, avec Boston puis Strasbourg et, aujourd’hui, d’autres villes nous rejoignent dans cette approche avec l’ambition de co-construire un programme qui soit plus concret et tourné vers l’international. On n’est clairement pas là pour remplacer les accélérateurs locaux qui font bien leur job mais plutôt pour accompagner les entrepreneurs dans la phase d’après en les amenant à penser plus global « Think local, go global ».

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il fait revenir aux fondamentaux. Dans le temps, les échanges internationaux, c’était du troc, les échanges entre les villages, c’était du troc. Au sein d’Innouvo, on croit beaucoup, dans le futur, à la coopération des villes entre elles. Par exemple, imaginons qu’au sein de la ville de Strasbourg, on ait une importante partie de la population atteinte par le diabète, le territoire aura tout intérêt à favoriser l’implantation d’une structure ayant développé une solution dans ce domaine mais, demain, travailler avec d’autres territoires comme, par exemple Montpellier ou Lyon, qui auront la même problématique afin de fluidifier l’accès à ces marchés. Pour fonctionner, cette coopération doit, bien sûr, aller dans les deux sens et, si une structure basée à Montpellier a besoin d’être accompagné par un accélérateur situé à Strasbourg, elle doit pouvoir y avoir accès pour accélérer son développement. C’est le concept de coopétition qui consiste à conjuguer ses atouts avec ceux de ses concurrents pour optimiser sa performance.

Quelle place accorder à l’entreprise et aux territoires dans cette nouvelle organisation ?

Les territoires ont un rôle majeur à jouer pour répondre aux grands enjeux de société et à des problématiques plus locales. Aujourd’hui, on blâme souvent l’état ou le niveau fédéral mais, soyons clairs, les choses doivent se régler au niveau local. C’est le bon échelon pour réfléchir aux besoins de sa communauté et au rôle central de l’entrepreneur qui doit non seulement prendre soin de sa communauté en créant des emplois, en étant local, en travaillant main dans la main avec le territoire pour s’assurer qu’il y a une économie locale en développement et qui offre de bonnes conditions à son développement. La clef, c’est la vision de l’entrepreneur, son engagement et l’impact qu’ils souhaitent avoir auprès de sa communauté. Tel un véritable chef d’orchestre, il appartient au territoire de s’assurer que les entreprises qu’ils attirent partagent cette vision avec lui et de leur donner, via notamment un écosystème favorable, tous les moyens de se développer localement.

Très concrètement, comment cela se passe avec Boston avec qui vous avez noué très tôt des relations ?

Dès le début, je me suis fait le porte étendard de la révolution technologique en martelant l’idée que la révolution 4.0 était en marche et qu’il ne fallait surtout pas passer à côté. Avec l’aide de Michel Hussherr, business angel et cofondateur d’Innouvo, nous avons rapidement cherché à développer des liens entre Strasbourg et Boston en nous appuyant sur le jumelage qui existe entre les deux villes depuis 1960. L’idée a séduit la ville de Strasbourg qui s’est réjoui à l’idée d’intensifier les relations avec Boston, capitale mondiale de l’innovation et du Venture Capital, avec des investissements de l’ordre de 30 milliards de dollars par an. Aux Etats-Unis tout va très vite dès qu’on a une bonne idée, le partenariat s’est très rapidement mis en place avec beaucoup d’enthousiasme aussi bien du côté des décideurs économiques alsaciens et américains.

Boston au cœur de la révolution 4.0

Incontestablement pour le meilleur…

Tout à fait, Chez Innouvo nous envisageons vraiment notre rôle comme celui d’un catalyseur, d’un connecteur. Quand on est local, il peut y avoir un enjeu politique ou des jeux d’influence qui altère la bonne marche de ce type de coopération. En étant extérieur à ces problématiques on offre un regard neuf sur certaines situations qu’il est dès lors plus facile de débloquer. Notre idée à nous était d’amener tous les développeurs économiques, les accélérateurs et les acteurs de l’innovation à se rassembler pour optimiser les chances de succès de ces écosystèmes confrontés à une transformation du monde rapide et parfois disruptive. Rassemblé sous une même bannière, les acteurs commencent à dialoguer ensemble, à échanger jusqu’à trouver la « trading zone », l’endroit parfait où chacun bénéficie du partenariat mis en place et où on progresse collectivement. C’est ce que voulait Strasbourg et nous sommes arrivés au bon moment pour élargir cette communauté, cette tribu en intégrant Boston. C’est notre gros chantier de 2021, faire travailler ensemble ces deux communautés avec d’autres villes pour profiter pleinement de toutes les opportunités offertes par cette association.

Le collectif tient une place primordiale dans cette organisation ?

Si la révolution technologique nous offre une quantité de nouveaux outils, elle fait également éclore de nouveaux risques tel que le déplacement de citoyens, a cybersécurité et même à la capacité à influencer les cerveaux. Le seul moyen de lutter contre ces dangers, c’est l’intelligence collective basé sur l’échange, la diversité et le partage. Tout le monde se concentre sur l’intelligence artificielle mais l’étape numéro un, c’est l’intelligence collective. Si on se met ensemble, ce n’est pas – uniquement – parce que c’est sympa mais c’est, avant tout, une question de survie. Chacun doit avoir sa place dans la communauté pour prendre les bonnes décisions, celles qui profiteront à l’humain et aux populations locales. Qu’on le veuille ou non la révolution technologique a appuyé sur le bouton « Reset », le tableau est blanc ; il nous appartient de définir ce que l’on veut. Les villes, les territoires ont un rôle crucial à jouer car, à mes yeux, c’est à eux de montrer de nouveaux modèles.

Avez-vous des exemples ?

On ne peut forcer les gens à adopter une vision. La clef se situe donc au niveau de l’éducation régionale ou territoriale pour pouvoir comprendre les besoins de chacun et notamment des communautés moins privilégiés pour bâtir un modèle qui profite à tous. A Boston, par exemple, on n’a plein de startups qui se créent dans le domaine du digital et il faut donc des développeurs et des codeurs pour soutenir ce développement or on en manque. Pour y remédier, l’association des venture capitalistes de Boston, la New England Venture Capital a créé le programme Hack.Diversity qui propose à des jeunes issus de quartiers défavorisés ou simplement à des populations sous représentées dans la nouvelle économie d’accéder à une formation pour apprendre à coder, être embauchés dans des startup a forte croissance et faire partie de la révolution numérique en cours. Un réel succès puisque le programme va être déployé prochainement au niveau national. C’est la démonstration qu’en étant agile, en ayant le bon état d’esprit et en s’appuyant sur les bonnes ressources, on peut rapidement prendre les bons tournants et profiter de nouvelles opportunités pour développer le territoire tout en répondant aux besoins des populations locales. C’est également une façon d’inclure tout le monde dans le projet du territoire, de renforcer son attractivité en renforçant le sentiment d’appartenance.

Un dernier mot ?

Je ne serais pas tout à fait complet sans évoquer la nécessité de redéfinir les indicateurs de performance. Pour ce faire, il est indispensable de déterminer en premier les objectifs, ce qui est important pour le territoire. Cette étape préalable est indispensable pour définir des indicateurs adaptés qui permettent de mesurer non seulement le succès économique de cette stratégie mais également l’impact sur les populations. En sachant les problématiques que je souhaite résoudre, je peux attirer des entreprises qui trouveront un marché tout en m’aidant à répondre aux grands enjeux de mon territoire. Je conclurais en disant que, surtout, il faut rester curieux et ouvert. Ne pas lire uniquement la presse technique ou économique mais s’intéresser au monde qui nous entoure. C’est de cette diversité que nait la créativité et l’innovation !

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